Rencontre Déco #21 : Hugo Delavelle, ébénisterie et économie circulaire

Quark est parti à la rencontre de Hugo Delavelle. Cet ébéniste crée du mobilier en bois. Il travaille en économie circulaire. Dans cette interview, vous allez découvrir comment à partir de matériaux locaux et dans une démarche respectueuse de l’environnement, il développe du mobilier design.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Hugo Delavelle, j’ai 37 ans. Je suis ébéniste et designer de formation. J’ai créé mon entreprise en 2009 : atelier Hugo Delavelle. Statut autoentrepreneur au début, tout seul, dans le garage de mes parents. Au bout de deux ans j’ai embauché mon premier salarié et j’ai changé de statut (SARL). Aujourd’hui nous sommes dix. Nous avons eu un nouvel atelier l’année dernière.

Comment êtes-vous entré dans le monde du mobilier ?

Initialement, j’ai fait un CAP ébénisterie. Pendant 10ans, j’ai travaillé dans différentes entreprises : ébénisterie, restauration de meubles, cuisine, agencement, ébénisterie contemporaine, ébénisterie traditionnelle mais aussi artisanale et industrielle. Les ébénisteries où j’ai pu travailler faisaient de moins en moins de meubles, voire plus du tout de meubles. J’ai cherché un levier d’action pour pallier cela. J’ai identifié le design comme étant un potentiel. Je suis donc parti en Allemagne en 2007. J’y ai étudié le design artisanal pendant 2 ans. Puis en 2009 je suis revenu en France et j’ai créé ma société.

Pouvez-vous expliquer votre alliage du savoir-faire traditionnel de l’ébénisterie avec du design et de l’innovation ?

Le design artisanal est peu présent en France. En Allemagne il y a une bonne vingtaine d’écoles qui forment des artisans au design. J’étais dans une d’entre elles à Aix-La-Chapelle, à l’Académie Gut Rosenberg. En France il y a l’école Boule qui s’en approche. On a beaucoup plus une approche métier d’arts en France. Il y a une forte démarche artistique liée aux matériaux et au savoir-faire de l’artisan. Mais il n’y a pas l’approche design qui se veut plus fonctionnaliste, avec des préoccupations d’ordre économiques, ergonomiques et applications industrielles. Le design artisanal c’est donc les compétences du designer industriel que l’on a en France associé au savoir-faire. Je fais tout : du design des meubles jusqu’à leur fabrication. Malgré le fait que l’entreprise s’agrandisse, je n’ai pas changé le processus créatif. Nous mettons en avant du savoir-faire et pas uniquement de la forme. C’est ce qui donne un champ d’expression créatif qui est un peu différent du designer industriel à proprement dit. Qui lui souvent peut faire de la forme pour de la forme, sans forcément connaître les tenants et les aboutissants du matériau qui sera ensuite travaillé.

Justement, pouvez-vous développer un peu plus votre processus créatif et votre façon de travailler ?

Aujourd’hui, toutes les pièces que l’on commercialise sont des pièces que j’ai dessinées. Nous n’avons pas vraiment un processus créatif structuré comme ça peut l’être dans le design industriel, où il y a vraiment le marketing qui fait un brief en amont . C’est un peu long et pas forcément très attrayant. Le designer lui va ensuite digérer toutes ces données de marketing pour créer quelque chose en adéquation. J’ai un peu plus de liberté. Si un matin j’ai envie de dessiner une chaise, je fais une chaise, sans me préoccuper de tout ce qui est marketing. Même si on y réfléchit bien entendu. Si je crée un tabouret de bar, ce je créerai une table haute pour aller démarcher des restaurateurs par exemple. J’ai cependant un grand degré de liberté. Dans mon cas c’est souvent l’ensemble des contraintes que je me fixe qui sont les bases du processus créatif. Par exemple, le matériau si j’ai des chutes de bois d’une dimension donnée. Cela peut également venir de la volonté de faire un impact environnemental réduit sur le produit. Le matériau, l’impact environnemental et la fonctionnalité sont des contraintes auxquelles j’essaye de répondre le plus favorablement possible. L’esthétique intrinsèque du produit est souvent une résultante des contraintes d’ergonomie, des matériaux, d’économie de matières, d’impact environnemental.

Avez-vous une démarche écoresponsable ?

C’est vraiment à la base de toute notre démarche. Le côté RSE, minimalisation de l’impact du produit, du procédé et de l’entreprise au sens large c’est ce qui est à la base de la démarche.

Comment définissez-vous votre métier, quelles sont les qualités requises ?

Je suis devenu gérant un peu par la force des choses. On est une dizaine de collaborateurs, avec des enjeux financiers beaucoup plus importants. Nous avons un chiffre d’affaires de l’ordre du million d’euros. Nous venons d’acquérir un bâtiment qui est plus industriel avec 4000m2 de bâtiment sur une grande plateforme de 25.000m2. Maintenant, j’ai plus une casquette de gestionnaire que d’ébéniste ou de designer. Le temps de design et d’ébénisterie que je produis par semaine est moindre en ce moment. Il y a beaucoup de tâches de gestion, d’administration et aussi de marketing à faire. Dans mon cas, il faut une bonne capacité d’adaptabilité l’envie de relever des défis. Il faut apprendre un métier nouveau quasiment tous les jours.

Pensez-vous que votre métier va devoir se réinventer ? Notamment avec la pandémie que nous traversons ?

Pas particulièrement non. Je ne pense pas que cela va changer grand-chose à long terme. Nous travaillons avec du bois local, avec des acteurs locaux, et des scieurs qui sont de vrais partenaires. Quand j’ai commencé on sciait notre bois nous-même. Nous avons pour projet de créer notre propre scierie pour pouvoir acheter le bois dans la forêt de la commune et faire la première transformation. Nous travaillerons en économie circulaire et localement. Cette démarche d’économie circulaire et de travail de façon artisanale et non pas industriel a fait que nous sommes moins impactés que des personnes qui produisent du meuble avec des composants du monde entier.

Qu’est-ce que le “label Entreprise du Patrimoine Vivant” que vous avez reçu ?

C’est un label qui est décerné par l’état et qui récompense les entreprises « au savoir-faire d’exception ». Le but étant de les valoriser en France et à l’étranger. C’est supporté par l’institut national des métiers d’arts. Il faut déposer une candidature et prouver son savoir-faire. C’est une assurance pour les gens avec qui on voudrait travailler, surtout pour les architectes et designer pour qui nous faisons de l’ébénisterie d’art ou des pièces uniques, notamment à l’étranger. C’est une preuve de notre savoir-faire.

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