Rencontre Déco #21 : Hugo Delavelle, partie 2, mobilier responsable

Voici la deuxième partie de l'interview avec Hugo Delavelle. Vous allez découvrir d'où viennent ses inspirations. Il donnera également son opinion sur le mobilier multifonction.

Selon vous, la décoration et par conséquent le mobilier ont-ils un impact sur nos humeurs et notre bien-être ?

Cela a un impact sur notre mode de vie. La question est compliquée lorsqu’on prend en compte l’impact environnemental. Je ne crée pas quatre collections par an comme des gens qui sont dans la mode. Moi je veux fabriquer des meubles qui soient aussi peu empreints de tendances et de couleurs qui partent très vite. Je suis plus pour l’intemporel, assurer des produits avec une longue durée de vie en plus de leur réparabilité. Nous sommes très attentifs aux produits qui constituent le meuble. Avec des huiles naturelles, des colles sans formaldéhyde. Tout cela vise à avoir un air intérieur le moins pollué possible en termes de COV (composés organiques volatiles). Le fait de huiler le bois, de ne pas l’envelopper dans une pellicule vraiment étanche comme un vernis ou une nacre lui permet aussi de garder sa capacité à absorber l’humidité. Cela participe à l’homogénéisation du taux d’hygrométrie dans l’air. Nous créons nos produits pour qu’ils soient le plus agréables possible. Autant sur leur fonctionnalité, l’ergonomie et le confort. C’est délicat de se dire que j’améliore le quotidien des utilisateurs par le design.

Avez-vous un projet que vous rêvez de réaliser un jour ?

Au niveau professionnel, si nous pouvons rendre le monde meilleur à notre échelle, c’est déjà bien. Nous voulons que nos collaborateurs soient aussi épanouis que possible. Si possible que cela donne des idées à d’autres entrepreneurs et que nous arrivions à produire local sans tuer la planète.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

La nature, l’agriculture, la forêt. Quand on parle d’économie circulaire, dans la forêt il n’y a pas d’intrants chimiques, de désherbant ou de pesticides. La flore va se renouveler automatiquement. Les feuilles qui tombent à chaque automne et qui vont se décomposer dans le sol vont pouvoir nourrir toute la vie dans le sol. Cela va produire de l’humus qui va nourrir l’arbre. On a vraiment quelque chose de circulaire sans intrant et qui est renouvelable à l’infini. Rien ne se perd. Chaque branche et feuille qui tombent vont devenir le substrat sur lesquels va pousser l’arbre. Je suis un campagnard, mon père était garde forestier et je vis à la campagne. Je fais mon potager, maraîcher, fruitier. J’aime bien ce modèle-là qui est plus vertueux que la consommation à outrance. Quand on est designer c’est un petit peu antinomique parce qu’on est censé créer le besoin autant que possible pour pousser le consommateur à l’achat. Et puis d’un autre côté je vise à consommer le moins possible et à vivre un petit peu en autarcie.

Vous allez peut-être créer une nouvelle forme de design ?

On appelle ça l’éco-design ou le slow design. C’est ce que j’essaye de pratiquer. Comme je vous disais, à la base de notre processus créatif se trouve l’impact environnemental. Ce dernier nourrit notre processus créatif. Cela fait que j’ai moins mauvaise conscience à designer et à produire des biens de consommation car ils sont produits pour diminuer au maximum l’impact environnemental. Nous sélectionnons des arbres qui ont poussé dans ce type de forêts qui se renouvellent naturellement. Ce ne sont pas des arbres issus de plantations monocultures. On a du chêne, du hêtre, ou du noyer qui ont poussé naturellement. Nous ne cultivons pas dans le sens où nous ne plantons d’arbres pour les couper au bout de vingt-cinq ans et pour en planter des nouveaux. C’est une sélection naturelle.

Avez-vous des recommandations de marques ou d’individus ?

Dans les créateurs dont la démarche est originale et que j’aime bien, je pense à Sébastien Cordoléani. Il a créé la marque de maroquinerie Archipel. Il vend des produits en cuir sans couture et fabriqués artisanalement. C’est un designer plus conventionnel, il n’est pas du tout issu du savoir-faire de la maroquinerie. C’est intéressant d’avoir des acteurs qui gèrent tout en interne, qui design, qui produisent. Cela donne beaucoup de choses quand le designer est lié au processus de fabrication.

Au niveau de l’écoconception, il y a Philippe Riesling qui est sur Strasbourg. Il fait du design un peu de scénographie.

Enfin, que pensez-vous du Pegboard et du design modulaire ? Faut-il préférer un objet mono fonction ? Ou le multifonction apporte-t-il des solutions en phase avec nos modes de vie ?

Le Pegboard, je connaissais mais sans connaître le nom. C’est souvent ce que l’on a dans les camions, les véhicules d’artisans ou dans les ateliers. Ces panneaux muraux en taule perforée et très fonctionnels pour accrocher des outils. Je ne connaissais pas le nom Pegboard et je l’ai découvert avec Quark grâce au booster circulaire. Avec le multifonction, je suis toujours prudent. Je donne des cours de design à des artisans et je leur dis souvent que sur un couteau suisse, il n’y a rien qui marche bien. Avec la scie on ne fera pas de planches, avec la lame on ne fera pas de la grande cuisine, avec le cure-dent on ne se curera pas bien les dents il n’y a rien qui marche bien dans un couteau suisse. Il a plein de fonctions, c’est super, ça tient bien dans la poche mais quelle fonction fonctionne bien ? Aucune. C’est le risque quand on met beaucoup de fonctions dans un objet. Il faut réussir à répondre à ces fonctions correctement. A contrario, il y a des aspects qui sont intéressants, par exemple le fait que ce soit évolutif. Nous pouvons paramétrer nous-même en fonction des évolutions de nos besoins, si nous changeons de lieu, ou d’activité. Mais aussi si on change d’âge. Il y a donc un intérêt à ça mais que je trouve parfois utopique. La société dans laquelle on vit fait que les gens ont plutôt tendance à changer qu’à faire évoluer leur intérieur. Le simple aspect des choses fait qu’on en limite la durée et l’envie de renouvellement. Je travaille là-dessus sur mes collections : j’essaye de donner une deuxième vie aux objets en proposant de reprendre les meubles dont les gens veulent se séparer. Puisque les meubles sont de bonne qualité nous pouvons les reconditionner. Le vrai enjeu maintenant va être de réussir à garder nos produits en bon état et toujours attractifs pour d’autres, même après une première utilisation. On parle aujourd’hui de l’économie de la fonctionnalité. Je pense qu’il y a un vrai enjeu à ne plus vendre un meuble mais vendre la fonction de s’asseoir ou de manger. Un restaurateur va changer ses meubles tous les cinq ou dix ans, que va-t-il en faire après ? Même si avec l’avènement du numérique on pense tous Leboncoin. Il existe des possibilités qui permettent de réparer ces objets. Il y a, à mon avis, beaucoup de choses à faire pour faire évoluer les habitudes de consommation et les habitudes de commercialisation.

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