Rencontré Déco #15 : Noma édition, luxe et écoconception

Quark continue ses rencontres ! Découvrez l’histoire de Bruce Ribay, le cofondateur de NOMA édition. Il vous détaille son parcours pour arriver à créer cette entreprise de mobilier. Il vous explique en quoi l’écoconception est au centre de leur activité.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Bruce Ribay je suis le cofondateur de Noma édition avec Guillaume Galloy. Je suis architecte de formation. J'ai travaillé pour le secteur du luxe, pendant une vingtaine d’années. J’étais chez Louis Vuitton. J’y ai rencontré Guillaume qui était ingénieur. Je m’occupais de concepts pour les boutiques. J’ai aussi fondé un cabinet de conseils.

J'ai quitté mon ancienne boîte pour monter Noma avec l'idée de tirer parti de notre expertise, à savoir, le mobilier haut de gamme. Guillaume et moi, essayons d’y attacher les valeurs qu’on pense importantes : la responsabilité et la capacité à créer un cercle vertueux.

Comment êtes-vous entrés dans le monde du mobilier ?

C'est quelque chose qu'on avait en tête depuis longtemps avec Guillaume. Nous avons beaucoup travaillé le mobilier quand nous étions dans des maisons de luxe comme Louis Vuitton. Nous avions l’envie de créer notre marque de meubles.

Guillaume Galloy est-il un ami d’enfance ou de travail ? Pourquoi avez-vous décidé de vous associer ?

Nous avons travaillé ensemble plusieurs années et nous sommes devenus amis. Nous avons eu des parcours différents. J’ai quitté Louis Vuitton pour devenir directeur de l’architecture chez Céline, dans le groupe LVMH. Puis, j’ai fondé le cabinet de conseil MADnetwork. J’y faisais du consulting en expérience clients pour les marques haut de gamme et luxe. Guillaume est allé chez Philips. Il a travaillé dans l’éclairage pendant presque dix ans. J’ai quitté mon entreprise et nous avons commencé à reparler de notre projet. Nous avons créé notre marque il y a deux ans et avons lancé notre première collection en Janvier 2020.

Que signifie NOMA et pourquoi avoir choisi ce nom ?

NOMA signifie Nobles Matières. C’est la contraction de ces deux mots. On considère aujourd’hui que les matières recyclées sont les plus nobles. Elles devraient être valorisées et exploitées par tout le monde. Ces matières sont au pied de chez nous et il faut réfléchir à comment les utiliser.

Pouvez-vous me décrire votre processus créatif et votre façon de travailler ?

Nous sommes comme une maison d’édition. Nous sommes chefs d’orchestre. Nous ne dessinons pas et nous ne fabriquons pas. Nous faisons distribuer nos produits et nous vendons en direct. Pour le process de création, nous faisons appel à des designers talentueux et assez connus. Nous leur faisons un brief pour leur expliquer ce que l’on veut (types de meubles, usage, contraintes et matières).Après cela, ils sont libres de nous proposer ce qu’ils veulent. Nous avons un rôle de direction artistique. Nous suivons une cohérence pour créer des collections. Nous travaillons aussi avec un cabinet de conseil expert en écoconception (Mu), qui analyse les premiers dessins des designers. Une fois que nous avons une version aboutie, nous faisons une analyse du cycle de vie du produit. Cela va permettre de mesurer tous les impacts que notre produit va avoir sur l’environnement. Nous allons ensuite adapter le design pour avoir le moins d’impact possible sur notre planète. Nous collaborons avec un fabriquant qui va nous donner son avis technique sur le produit. 80% des impacts environnementaux se font lors de la conception. L’objectif est d’avoir le moins d’impact possible.

Comment faites-vous pour concevoir un meuble en économie circulaire ?

Le terme d’économie circulaire peut être très large. Le but est de pouvoir mesurer l’impact du meuble, de l’extraction de la matière première jusqu’à la fin de vie du produit. Nous identifions les étapes de vie du produit qui ont le plus fort impact sur l’environnement. Nous avons intégré dès le départ cette notion d’économie circulaire. Or, en économie circulaire, nous devons aller jusqu’à la réutilisation du produit. Nous ne maîtrisons pas la fin de vie complète de nos produits car nous ne les récupérons pas. Cependant, nous essayons que nos produits soient démontables facilement. Cela permet de séparer les matières et de rendre nos produits recyclables.

Pouvez-vous expliquer votre démarche environnementale ? Et pourquoi avez-vous choisi d’entreprendre cette écoconception du mobilier ?

Guillaume et moi avions déjà développé ces notions dans nos vies passées. Chez Louis Vuitton, il y a plus de quinze ans, nous faisions déjà une analyse du cycle de vie du concept magasin. À cette époque, les questions environnementales n’étaient pas au centre des débats dans les maisons de luxe. Aujourd’hui, on ne peut pas produire une chaise comme avant. Pour nous, c’était une évidence que l’on ne pouvait pas continuer ainsi. Par ailleurs, quand nous avons étudié le marché du mobilier sur la partie haut de gamme et luxe, nous nous sommes rendu compte que personne ne travaillait ces problématiques. Nous sommes les premiers sur ce niveau de marché à proposer une offre où l’écoresponsabilité est au cœur de la démarche. Nous mettons le design et le respect de l’environnement au même niveau. Selon nous, le beau est vecteur de changement. Nous n’achetons pas une table ou un objet simplement parce qu’il est ici de matières recyclées, mais d’abord parce qu’il nous plaît. Si nous voulons changer les mentalités dans la manière de consommer la décoration, à notre échelle, nous devons proposer de beaux objets. Cette combinaison de designs forts et de matières responsables est importante. La partie matière recyclée correspond vraiment à la partie visible de l’iceberg. Nous essayons de fabriquer en France et de ne pas utiliser de produits chimiques. Nous faisons en sorte que nos produits soient démontables pour pouvoir les réparer et les recycler en fin de vie. Sur notre site, nous retrouvons le nom du produit et un chiffre correspondant au pourcentage de matières recyclées qu’il contient.

Et où se trouvent vos gisements de matière ?

Tous nos gisements ne viennent pas de France. Nous n’y trouvons pas toutes nos matières. Mais, nous essayons de rester européens le plus possible. Par exemple nous ne trouvons pas de vis ou de boulons recyclés. J’ai fait beaucoup de recherches dessus. Nous devons donc sourcer autrement. Dans la sélection de nos matières au sein de notre matériauthèque, nous avons plusieurs filtres différents que nous appliquons pour faire un choix. Cela peut par exemple passer par la provenance de la matière. Sur le fauteuil laine, nous utilisons une laine vierge. Nous n’utilisons pas de recyclés en tissu. Nous voulions un produit naturel et renouvelable. Or, on ne nous proposait que de la laine vierge venant de Nouvelle-Zélande. Tous les éditeurs disent que c’est la meilleure laine. Nous avons finalement trouvé des moutons en France et, nous avons trouvé un éditeur de tissu qui fabrique en France. Nous sommes très contents de travailler avec lui. A ce jour, aucun client ne s’est plaint de la qualité de notre tissu. Il faut donc évaluer la qualité et la résistance de la matière pour le mobilier. Il faut également se concentrer sur l’esthétique, le prix, et la possibilité de transformation. Nous avons plusieurs critères. Toutes nos matières sont analysées pour connaître leur impact.

Propos recueillis par Clara Didier

Mise en forme par Coralie Mottu

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