Rencontré Déco #13 : La chaise française, la production locale et responsable

Créée en 2017, La Chaise Française se lance le défi de proposer sur le marché français des chaises écoresponsables. Des dizaines de modèles sont intégralement fabriqués dans l’atelier d’une manufacture spécialisée. Les chaises sont faites à partir de bois issu de forêts PEFC ( Pan European Forest Certification) gérées durablement et situées dans un rayon de moins de 200 km. Fini les produits chimiques et les chaises produites à la chaîne. La jeune entreprise a fait le choix de produire moins et mieux, tout en s’entourant des meilleur.e.s. cc Margaux Keller
Quark les a rencontré.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Bartolomé Lenoir et je suis Nantais d’origine. J’ai fondé La Chaise Française il y a maintenant 3 ans. C’est un mobilier qui a été trop longuement délocalisé.

Vous avez commencé en tant qu'assistant expert-comptable puis journaliste. Comment êtes-vous entré dans le monde du mobilier ? D'où vient l'idée de la chaise française ?

J’ai toujours été passionné par les médias et l’engagement médiatique. J’écris encore des tribunes sur le made in France, au Figaro. Ma formation est aussi très entrepreneuriale. J’ai fait à la fois Dauphine et l’EM Lyon. Puis, j’ai créé ma propre entreprise. Celle-ci a un engagement et pas juste une rentabilité. Les deux s’entremêlent donc très bien.

Comment définissez-vous votre métier ? Quelles sont les qualités requises ?

Il faut une forme de résilience. Aujourd’hui, fabriquer en France reste très compliqué. La tendance made in France est de notre côté mais il faut partir de tellement loin que la résilience est très importante. Il faut également une résilience financière. C’est un milieu où l’on va faire beaucoup moins de marge que les autres. Ensuite l’énergie est importante pour aller frapper à toutes les portes. Il faut expliquer pourquoi nous sommes plus chers et le sens de cette démarche de consommer français. Enfin, je suis un entrepreneur qui défend des valeurs.

Pensez-vous que votre métier ainsi que votre entreprise vont devoir se réinventer ? Notamment avec la pandémie ?

Notre entreprise est assez jeune. Nous avons connu un boom durant la pandémie. Nous nous sommes adaptés plus tôt par rapport à d’autres entreprises qui doivent aujourd’hui se réinventer. Nous sommes une marque qui est très bien comprise sur le digital car nous nous sommes construits autour de cela. Le covid n’a fait que constater les bons choix que nous avions faits.

Selon vous, la décoration et par conséquent le mobilier ont-ils un impact sur nos humeurs, notre bien-être ?

Le premier élément est qu’il y a une évidence sur le sourcing des produits qui va jouer sur le bien-être. Les matériaux, en fonction de l’apport chimique qu’ils ont ou non un impact de santé sur notre vie au quotidien. En effet, dans certains produits fabriqués en usine, il y a parfois des produits chimiques qui peuvent modifier notre bien-être. Nous avons fait un tabouret sans vis, sans colle et sans clous qui est très utilisé en table de chevet. C’est un mobilier que l’on respire car proche de notre lit, cela peut être dangereux s’il contient des produits chimiques.


Le deuxième élément, concerne la qualité made in France par rapport à la qualité chinoise. Je constate beaucoup que la génération de nos grands-parents a un sens de l’art de vivre largement supérieur à celui des personnes de 20 ans. Ils ont une connaissance des matériaux et un sens de la qualité. Avoir un mobilier de qualité c’est avoir des matériaux élégants, qui nous mettent dans des conditions d’un art de vivre beaucoup plus agréable.
Le troisième élément correspond au design. Je pense qu'aujourd’hui, avoir des pièces originales et créées par des concitoyens proches de chez nous est très important. Ces pièces originales vont mieux coller à notre identité. Aujourd’hui, les usines font des économies d’échelles énormes pour pouvoir proposer des produits à bas prix. Cela implique une uniformisation de la décoration ainsi que du mobilier. A cause de ce phénomène, les intérieurs se ressemblent de plus en plus et ne sont plus en lien avec l’identité de chacun. Notamment en art, on peut retrouver des tableaux identiques. Avant, les tableaux étaient des pièces uniques et faisaient un agrément de revenir à la maison. Je pense que le made in France et la créativité ne peuvent se faire qu’à proximité. Cela a un impact sur notre art de vivre.

Pouvez-vous me décrire votre processus créatif et votre façon de travailler ?

Nous mettons l’écoresponsable à l’entrée du processus créatif. Nous donnons des contraintes dès le départ au designer. Ensuite, nous allons créer un premier prototype qui collera à l’industrialisation du produit. Une fois que plusieurs prototypes sont créés, nous choisissons celui qui est le plus écoresponsable et esthétique. Nous lançons ensuite le produit en série.

Pouvez-vous présenter en quelques mots votre démarche écoresponsable ?

Notre démarche écoresponsable c’est tout d’abord le sourcing du bois. On travaille essentiellement le bois qui est local. Nous utilisons de la peinture à l’eau et non pas de la peinture chimique qui peut avoir un impact négatif sur notre santé. Ensuite, nous faisons fabriquer nos chaises dans une manufacture française. Celle-ci participe au maintien des salariés français et met en avant leur savoir-faire. Les produits que vous achetez chez nous n’émettent que très peu de gaz à effet de serre durant leur fabrication.

Travaillez-vous en économie circulaire ?

Aujourd’hui on peut recycler nos produits. On source nos produits sur des matières vierges. Nos bois viennent de forêts éco-gérées. Il n’y a donc pas de déforestation. Au contraire, lorsqu’on achète une chaise chez nous, un arbre est planté. De plus, nous reconditionnons et retravaillons les chaises que l’on nous donne.

Vous avez lancé une marque de chaise. Ne pensez-vous pas qu'il y a déjà assez de chaises sur le marché ? Pourquoi lancer une nouvelle gamme de chaise ? C'est un gros pari non ?

Non, les chaises sont  le mobilier qui est le plus importé. En France, une chaise coûte trop cher à produire. Il fallait donc se lacer dans ce projet pour sauver ce mobilier et le savoir-faire français qui en découle.

Quelles sont vos sources d'inspiration ?

Majoritairement la littérature. Certains écrivains me parlent énormément. Ils m’ont donné l’amour de la France et cette vocation à travailler localement. Ensuite, je suis venu au mobilier par la peinture. Je suis un grand fan de peinture. Je m’y intéresse de façon assez large, de Poussin jusqu’à Renoir mais aussi des Italiens du grand siècle de la Renaissance. Cependant, la peinture contemporaine m’intéresse moins. C’est cet amour de la peinture qui m’a amené aux Arts décoratifs et qui m’a donné un vrai intérêt pour l’art de vivre.

Avez-vous des recommandations de comptes Instagram ou Facebook que vous aimez particulièrement ?

J’aime beaucoup la douceur en termes de marque de textile de Cézanne. C’est très propre et j’aime bien leur démarche. Dans le mobilier, j’aime bien les meubles Gautier. C’est une entreprise avec une vraie histoire familiale, c’est une vraie inspiration pour nous. Ensuite, en inspiration plutôt esthétique, il faut s’abonner à la Gazette Drouot qui est magnifique. Il y a de l’art, des arts décoratifs et beaucoup de décoration. Ils montrent le panel historique et le savoir-faire français. C’est inspirant.

Enfin, que pensez-vous du Pegboard et du design modulaire ? Faut-il préférer un objet mono fonction ou multifonction ?

Je pense que cela ne doit pas être ni l’un, ni l’autre. Il y a des objets qui doivent être mono fonction et d’autres, multifonction. Il y a un appel vers de la multifonction, mais il faut le faire de façon intelligente. Il ne faut pas penser que les objets mono fonction sont obsolètes.

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